Rubrique de la littérature IndeBalram Halwai ne serait que l'un de ces millions de fantômes asservis dont l'Inde se sert chaque jour pour sa reptation vers l'avenir si son intelligence hors du commun ne l'avait justement propulsé dans les hautes sphères d'une conscience acérée. En quelques mois, il devient chauffeur de maître et profite des circonstances pour policer un apprentissage de la vie qui le mènera à prendre la plus folle des décisions...


Le Tigre Blanc : Le romanAvec les succès phénoménaux de Loin de Chandigarh (The Alchemy of Desire) et de Bombay Maximum City (Maximum City: Bombay Lost and Found), il fallait à l'éditeur Buchet-Chastel un nouvel ouvrage de la même trempe pour rester sur une ligne éditoriale placée très haut. Avec Le Tigre Blanc qui sera en librairie dès le 11 septembre, avouons sans détour que c'est chose faite. Premier ouvrage d'Aravind Adiga, Le Tigre Blanc présente d'étranges similitudes avec ses prestigieux prédécesseurs. Sa lecture captivante vous happe irrémédiablement et s'engage en vous un terrible combat entre l'envie de le finir d'un trait et celle d'en garder le meilleur pour des lendemains incertains.

L'ouvrage, d'une rare subversion, y décrit la condition humaine avec une froideur désabusée et un cynisme qui percutent. L'auteur y règle à coups de scalpel ses comptes avec une Inde formatée dont il piétine allègrement les glorieux faire-valoir comme Gandhi ou la démocratie, et qui traduit la révolte d'une nouvelle génération totalement hermétique à des valeurs séculaires qu'elle sacrifie sans le moindre remord sur l'autel de la modernité. Comme avec Bombay Maximum City, Le Tigre Blanc offre une palette de personnages à la moralité poisseuse qui brillent de toute leur médiocrité pour mieux mettre en relief le côté désespérant de la noirceur humaine. Ceci est exacerbé par le fait que notre héros écrit sa confession à l'attention exclusive du premier ministre chinois Wen Jiabao à qui, peut-être, il souhaite, en guise d'avertissement, faire la démonstration par l'exemple du potentiel indien pour la rouerie, la cruauté et le mépris de la personne humaine. D'un autre côté, Le Tigre Blanc ne génère pas l'émotion savamment construite que
Loin de Chandigarh procure et il est dénué de toutes les descriptions très poétiques qui accompagnaient cette lente montée vers une apothéose des sens qui fit le charme de ce dernier. Ici l'auteur se concentre sur l'aspect analytique d'un parcours humain avec ce qu'il a de méthodique, calculé et progressif vers une issue à la mesure de son intelligence et de l'amoralité ambiante. Les émotions sont de pales figurantes d'un récit tout entier orienté vers l'analyse et la prise de conscience dont la conclusion ressemble fort à un message des plus "jungiens" sur la prise en charge individuelle en guise d'unique recette pour un monde qu'on aimerait meilleur.

Pour terminer, louons encore une fois Buchet-Chastel pour le choix d'Annick le Goyat pour la traduction de l'ouvrage et dont le travail, c'est certain, concoure, comme ce fut déjà le cas avec Loin de Chandigarh, à la jubilation qui naît à leur contact. Bref, et vous l'avez bien compris, Le Tigre Blanc est un plus qu'un très bon roman. Outre le plaisir que sa lecture procure, il éclaire sans complaisance sur une Inde impitoyable qui frappe avec insistance à la porte de la mondialisation et dont l'écho résonne à nos consciences comme un brûlant rappel de la responsabilité de chacun dans la marche claudicante d'un monde en route vers demain…

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Titre : Le Tigre Blanc
Auteur : Aravind Adiga
Traducteur : Annick le Goyat de l'anglais (Inde)
Editeur : Buchet-Chastel (Libella)
Date de parution : 11 septembre 2008
320 pages - broché
ISBN : 978-2283023327
Prix public : 22€ (20.90€ à la
librairie indeaparis.com)